Samedi 18 février 2012
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Voici une page que j'aurais dû ajouter à mon livre:
Pour une poignée de main.
Daniel et Francine rentraient de deux journées de randonnées inoubliables en Aragon, dans le
piémont des Pyrénées espagnoles. Les jambes alourdies par une saine fatigue, ils décidèrent de faire halte à Bielsa (dernière ville avant le tunnel Bielsa-Aragnouet) pour se restaurer et se
détendre. La patronne du restaurant leur demanda de repasser un peu plus tard, heure espagnole oblige.
Ils en profitèrent donc pour visiter la petite ville. Des rues en pente, quelques commerces, des
façades insipides, la cité ne présentait aucun attrait touristique notable, hormis l’église de Javierre datant du XIIème siècle.
Daniel se disait athée, mais il ne pouvait pas passer devant une église sans la visiter. Il poussa
la lourde porte de l’édifice, pendant que Francine profitait des dernières bouffées de fumée de la traditionnelle cigarette qu’ils s’autorisaient après une bonne balade.
L’église était sombre et pratiquement vide. Un
organiste répétait quelques partitions, en vue du concert qu’il donnerait le soir même. Un ensemble de choses rendait le moment magique, mystique. Daniel ne
voyait pas le facteur d’orgue, mais il l’imaginait devant le pupitre de l’instrument monumental à la sonorité incomparable. Il était le seul, l’unique, le privilégié auditeur de la musique sacrée de JS Bach, dans la pénombre d’un lieu de culte à l’acoustique exceptionnelle. Les odeurs d’encens résiduelles ajoutaient à l’effet d’envoûtement. Il
ferma les yeux pour mieux s’imprégner de ces sensations.
Il ne vit pas entrer Francine, il ne l’entendit pas s’approcher. Elle se colla tendrement contre
lui, la tête sur son épaule et une main passée à la taille. Daniel ressentit un frisson parcourir tout son corps, du cerveau aux orteils. Deux larmes de bonheur perlèrent au coin de ses
yeux.
Cela peut paraître puéril, mais l’instant lui parut tellement merveilleux qu’il pensa, lui le
mécréant, que si le paradis existait, il l’avait côtoyé dans ces conditions, en ces lieus, et avec cette personne, grâce au concerto pour orgue de JS Bach.
Par Marcel
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Publié dans : Ecriture
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